lundi 5 décembre 2022

L’IoT et l’avenir du Smart Farming :
Quelles perspectives en Tunisie ?

Des capteurs de sols, aux colliers GPS intelligents pour le bétail, en passant par les stations météorologiques locales et les drones agricoles, les technologies de l’internet des objets sont aujourd’hui au cœur de la troisième révolution verte.

Le Smart Farming est particulièrement alimenté par des données issues des outils de l’agriculture digitale. Outre leurs applications révolutionnaires couvrant de nombreux domaines, les objets connectés accélèrent la transformation digitale du secteur agricole, d’où l’émergence de concepts innovants tels que l’agriculture de précision et l’agriculture intelligente (Smart Farming). Un nouveau paradigme illustrant l’ensemble de technologies qui combine les solutions numériques et l’agriculture. Le Smart Farming est particulièrement alimenté par des données issues des outils de l’agriculture digitale, les transformant en une véritable source d’informations à analyser pour l’optimisation ultérieure de la production et de l’exploitation agricole.
Une réduction importante et une gestion optimale des ressources en eau de 20% à 30 % par un ajustement intelligent à distance de l’arrosage et même du besoin d’engrais, un meilleur suivi en temps réel de la luminosité et l’humidité du sol, ainsi que la traçabilité de l’état de santé des animaux d’élevage : voilà entre autres les promesses tenues de l’internet of things pour l’agriculture 4.0. Il n’est donc pas étonnant de voir la montée exponentielle du marché mondial de l’IoT dans l’agriculture, estimée en 2020 à 5,6 milliards de dollars.

A l’ère du réchauffement climatique avec ses phénomènes imprévisibles et ses retombées dévastatrices, les ressources limitées et la demande toujours en hausse, une prise de conscience du potentiel de L’IdO et un changement de mindset s’avéraient indispensables partout dans le monde. La Tunisie n’y fait pas exception, vu sa fragilité face aux aléas à la fois économique et climatique. Notre pays, luttant pour “la souveraineté alimentaire” devrait être en mesure d’alimenter près de 14 millions d’habitants en 2050 selon l’ONU. A l’échelle mondiale, La FAO prévoit, rien que pour les produits d’origine animale, une augmentation de la demande d’environ 70% d’ici 2050 pour une population prévue de dépasser 9,7 milliards d’habitants. Cet objectif va de pair avec les préoccupations environnementales exigeant une réduction de la moitié de notre empreinte écologique et la préservation de ressources en eau, sachant que la Tunisie est en phase critique de stress hydrique ces dernières années. Les vagues successives de sécheresse, la hausse brutale des prix de fourrage ainsi que l’érosion et la dégradation des sols et de nappes souterraines contribuent entre autres à la précarisation de la situation des petits agriculteurs, qui s’aggrave à un rythme soutenu. La modernisation digitale est devenue une nécessité, voire une urgence.

Les startups tunisiennes prennent l’initiative

C’est dans ce sens que plusieurs initiatives ont été valorisées ces dernières années. Citons l’exemple de 3S Globalnet qui a mis en place un partenariat avec Tunisie Télécom, le premier réseau d’infrastructure IOT en Tunisie, en équipant l’ensemble les pylônes de l’opérateur téléphonique à travers le pays de passerelles IOT. Celles-ci sont reliées au réseau LoRA pour qu’on puisse connecter l’ensemble des données sur un Cloud. Ainsi, toutes les startups pourraient développer des applications mobiles spécifiques destinées aux agriculteurs.

Source : Be Wireless Solutions (BWS) (Opérateur IOT)

D’autres startups ont été également lancées, gravitant autour des technologies de l’IoT agricole comme iFarming créé par un ingénieur tunisien et son étudiante en 2017. Ils ont réussi à créer Phyt’Eau, une solution Internet des objets (IoT) qui permet aux exploitants agricoles de gérer leur irrigation en quasi temps réel à partir de l’analyse de paramètres externes et du type de culture. Robocare, une autre startup tunisienne, offre également des solutions pour optimiser l’utilisation de l’eau, des fertilisants et des pesticides, et éviter la propagation des maladies grâce à différents moyens d’observation (satellites, drones, IoT) associés à des outils d’aide à la décision. Des projets initiés par Tunisie Telecom en partenariat avec Be Wireless Solutions commençaient depuis 2019 à commercialiser des produits IoT pour les agriculteurs. Le satellite Challenge 1 dans le domaine du smart farming a été lancé le 22 mars, à Jendouba. Un projet qui a uni TELNET et l’Institut national des grandes cultures.

Toutefois, l’adoption de l’IoT dans l’agriculture intelligente se heurte à des défis gigantesques. Le coût initial, le manque de connaissances, l’incertitude à l’égard de la rentabilité finale amplifiée par la mentalité rigide de l’agriculteur classique sont autant d’obstacles qui freinent la valorisation de la numérisation. Dans les zones rurales, il est difficile en ce moment de créer une infrastructure adéquate pour accueillir la connectivité souhaitée. Les petits agriculteurs, surendettés, précaires et peu soucieux des questions environnementales globales, ont du mal à assimiler la nécessité de la modernisation en faveur des objectifs de rentabilité alignés avec la vision du développement durable. Pour ceux qui considèrent l’adoption massive et avancée des objets connectés, d’autres enjeux les préoccupent. Quand ils se trouvent peu impliqués dans le traitement de ces données pour leur prise de décision, ils commencent à se sentir dépossédés de leur expertise avec la part de subjectivité réduite au service de systèmes algorithmiques intelligents.

Bien qu’elle n’en soit encore qu’à ses balbutiements, l’IoT appliquée au smart farming devrait réellement s’imposer et provoquer les changements positifs menant à de nouveaux modèles économiques et à une meilleure résilience et efficacité du secteur.
Loin de toute vision technophile utopiste, l’hyper-connectivité de l’IoT doit s’inscrire dans la logique de l’agriculture écologique qui préserve le savoir paysan et l’environnement tout en répondant aux attentes sociales actuelles.

Ecrit par : Youssef Zaatour

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